Viol à Arras : le lourd passé d’un tatoueur au cœur d’un procès hors norme

Accusé de viols et d’agressions sexuelles aggravées, un tatoueur installé à Arras est jugé après des années de signalements restés sans suite. Une affaire marquée par une accumulation de plaintes, un mode opératoire similaire et la parole de nombreuses victimes.
L’affaire du tatoueur d’Arras met en lumière un parcours judiciaire jalonné de signalements, souvent restés sans suite, avant une explosion des témoignages à partir de 2023.
Avant même les faits jugés aujourd’hui, l’homme, alors installé à Lille avant 2010, avait déjà fait l’objet de plusieurs plaintes. Certaines avaient été classées sans suite. En 2012, il est condamné à Douai à huit mois de prison pour agressions sexuelles, avec interdiction d’exercer. Il quitte ensuite la France pour s’installer au Maroc, où il se marie.
De retour en France, il s’installe en 2018 à Arras et ouvre son salon, Tattoo Empire. Dès cette année-là, une nouvelle plainte est déposée, mais elle est à nouveau classée sans suite. En 2019, une jeune femme de 18 ans dénonce des propos sexuels et des gestes déplacés. Là encore, la procédure n’aboutit pas.
Le tournant intervient le 30 septembre 2023. Une cliente venue pour une retouche de tatouage accuse le professionnel de gestes sexuels, de questions intimes et d’attouchements. Elle porte plainte dès le lendemain. Le tatoueur est interpellé et placé en détention.
L’enquête s’accélère alors. Une information judiciaire est ouverte et un appel à témoins est lancé. Progressivement, d’autres femmes se manifestent : une vingtaine de plaintes sont recensées, même si toutes ne débouchent pas sur des poursuites. Les témoignages décrivent un mode opératoire similaire : des discussions à caractère sexuel, un prétexte professionnel et des gestes déplacés.
À l’issue de l’instruction, l’homme, âgé de 55 ans, est renvoyé devant la justice pour cinq viols et onze agressions sexuelles aggravées. Son procès s’ouvre en septembre 2025 devant la cour criminelle de Saint-Omer. Seize femmes se constituent parties civiles.
À la barre, l’accusé conteste les faits. Il évoque des gestes professionnels mal interprétés et parle d’un possible complot de concurrents. De leur côté, plusieurs plaignantes décrivent des situations de manipulation et l’exploitation de leur vulnérabilité. Certaines souffrent de troubles psychologiques importants, comme du stress post-traumatique, de l’anxiété ou des troubles obsessionnels. D’autres n’ont pas souhaité témoigner, par peur.
L’enjeu judiciaire est majeur : l’accusé encourt jusqu’à vingt ans de réclusion criminelle. Au-delà du verdict, cette affaire pose aussi la question du traitement des premières plaintes et du silence qui a entouré ces faits pendant plusieurs années.





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